samedi 26 mai 2018

Il serait temps de cesser d'avoir peur des patient.e.s (et de son ombre) - par Marc Zaffran/Martin WInckler


Je mets sur Facebook le « post » suivant :

« Le refus (par un.e patient.e) de recevoir certains soins ne justifie nullement de la part du médecin de cesser de le/la suivre médicalement - ni de lui faire signer quoi que ce soit. C'est la compagnie d'assurances médicales MACSF qui le dit... »

Voici l’article publié par la plus grande compagnie d’assurances médicales française. Qui sait ce qu’elle dit en terme de jurisprudence.


Sous le post, un médecin commente :

Comme le la patient e peut refuser des soins, un médecin peut se sentir éthiquement en difficulté et refuser de soigner un patient. La réciprocité est la base de la confiance.


MW : Tu oublies que le soignant est au service du patient. Ce n'est pas au soignant de dicter les conditions du soin. C'est au patient de dire comment il veut qu'on le soigne. Et là, le soignant peut dire "Je vais vous soigner en respectant vos voeux" ou se démettre. Dans mon esprit, se démettre n'est éthiquement acceptable que dans un tout petit nombre de cas. Le fait de porter un voile ou de ne pas vouloir être transfusé, ou de ne pas vouloir se déshabiller ne sont pas des raisons suffisantes pour refuser de soigner quelqu'un. Ce sont juste des prétextes pour le soignant de dire "J'ai des préjugés à votre égard".


D'accord. Mais si le refus de se déshabiller t'empêche d'examiner correctement le patient et entraîne une conclusion erronée de l'examen, cela met en danger le patient. Le risque légal est toujours pour le soignant. La confiance réciproque est importante. Le médecin a le droit de refuser de faire une ordonnance non datee ("comme ça je vais chercher mon somnifère quand je veux") de faire un faux certificat (je suis contre les vaccins.mais sans certificat je ne peux pas inscrire mes enfants à l'école....)


MW Il n'y a aucun risque légal pour un médecin (toi, en l'occurrence) à respecter ce qu'un•e patient•e demande et qui est parfaitement légal, dès le  moment où tu définis clairement pour elle ce que tu peux ou non faire avec ses réserves et/ou restrictions. Interroge les compagnies d'assurances et les avocats. Les patiente•e•s portent plainte quand on leur ment et quand on ne les respecte pas. Pas quand on les respecte. Il.le.s portent plainte quand on ne les examine pas après qu''ils/elles l'ont demandé ! Pas quand on ne les force pas à être examiné•e•s !

Tu as parfaitement le droit de refuser de faire quelque chose d'illégal (une ordonnance ou un certificat de complaisance). Mais personne ne peut te poursuivre pour avoir respecté ce que le patient te demande quand ça fait partie de ce que le code de déontologie te dit de respecter. 

Ne mets pas la responsabilité légale là où elle ne se trouve pas. C'est spécieux, et encore une fois, c'est à mille lieues de la réalité observée par ceux-là même qui sont au centre des plaintes : les avocats, les juges et les assureurs. 

Et puisque tu dis que la confiance réciproque est importante, pourquoi ne pas faire confiance à la personne qui te dit : "Je ne veux pas être examiné•e mais je collaborerai du mieux possible avec ce que vous me demandez pour être soigné•e" ? 

Il m'est arrivé des dizaines de fois dans ma carrière de ne pas examiner quelqu'un à sa demande. Je n'ai pas eu une plainte. Pas une. En vingt-cinq ans. Tes arguments me rappellent ceux des chirurgiens qui refusaient des ligatures de trompe (avant 2001) en disant "Je ne veux pas que vous portiez plainte contre moi." Je n'ai jamais vu une LT demandée et obtenue par une femme donner lieu à une plainte par cette même femme plus tard. 

En revanche, j'ai vu beaucoup de LT imposées à des femmes (ou "autorisées" par le mari pendant qu'elles étaient sous AG d'une césarienne) pour lesquelles les femmes qui se retrouvaient stérilisées à leur insu étaient dissuadées de porter plainte. 

J'ai entendu des dizaines de témoignages de femmes ayant été abusées ignoblement par des médecins et que l'Ordre ne voulait pas écouter. Je n'ai jamais vu quiconque porter plainte contre un médecin qui lui avait foutu la paix. 

Dans quel monde vis-tu, exactement ? Si tu as peur de ne pas savoir poser un diagnostic correct, dis le à la personne en question. Et cherches d'autres moyens de le faire, c'est pas la technologie qui manque !!!! Comment fait-on avec une personne dans le coma ou aphasique, ou qui ne parle pas la langue, ou un enfant qui ne se laisse pas examiner ? 

Et d'ailleurs, combien y a-t-il de personnes qui REFUSENT de se faire examiner dans une journée de médecin ? Combien, en revanche, y a t-il de personnes que les médecins n'examinent pas, par fatigue, par énervement, par manque de temps, par mépris ou par dégoût ? 

Tu crois vraiment que les problèmes vient des quelques personnes qui refuseraient ? Vraiment ? 

Tu te penses vraiment mauvais médecin au point de tout fonder sur l'examen clinique et de n'apporter aucun crédit à la RELATION que tu vas établir avec cette personne en l'écoutant et en parlant avec elle, et en la rassurant, et en la respectant ? Vraiment ????

Si tu as vraiment peur sur le plan légal, c'est simple : écris, toi, soussigné, que le patient a refusé de se faire examiner, et remets-lui une copie signée de la lettre, en gardant l'original, daté. Il ou elle n'a pas besoin de la signer, il suffit de la scanner et de te l'envoyer à toi-même (ou à ta compagnie d'assurance) par courriel le jour-même. Tu as ainsi une trace datée de ce que tu as fait et dit. C'est simple et imparable. Documente. Jour après jour. Et dans dix ans, tu verras que ta peur était infondée. Les patients à qui tu auras fait confiance te remercieront. 

Ca fait dix ans que je n'ai pas pratiqué, et je reçois des lettres de remerciements encore toutes les semaines.

Allez. Courage ! 

Il serait temps de cesser d'avoir peur des patients comme s'ils étaient tes pires ennemis. On ne peut pas soigner des gens en ayant peur d'eux. On ne peut rien faire en ayant peur des gens qui se confient à nous. La confiance, ils nous la portent d'emblée. Ne pas les respecter parce qu'on a peur d'eux, c'est leur refuser la nôtre.

Marc Zaffran/Martin WInckler




dimanche 20 mai 2018

Le syndrome de l'Autre - par Marc Zaffran/Martin Winckler


"Quand une personne se plaint, c'est parce qu'elle souffre. Quand une personne ne se plaint pas, ça ne veut pas dire qu'elle ne souffre pas. Si tu veux savoir si quelqu'un souffre, pose-lui la question et dis lui : 'Quelle que soit ta réponse, je te croirai.' Cela libèrera sa parole. " (Franz Karma.)


La mort de Naomi Musenga a fait apparaître au grand jour la notion de « syndrome méditerranéen » - à savoir le préjugé courant et ancien dans la profession médicale selon lequel les personnes originaires des pourtours de Méditerranée et d’Afrique sub-saharienne « exagèrent » quand ils présentent leurs symptômes.

Ce préjugé, je l’ai découvert en moi-même quand j’étais étudiant en médecine et travaillais comme aide-soignant pendant l’été à l’hôpital de Pithiviers, au milieu des années 70. Un patient rapatrié d’Algérie était hospitalisé pour des douleurs insupportables au creux de l’estomac. Il se tournait et se retournait dans son lit, se levait, se recouchait, plié en deux par la douleur. Et comme il exprimait sa douleur avec un accent que je connaissais parfaitement (c’était celui de ma famille, de mes oncles et de mes tantes : j’étais rapatrié, moi aussi), en sortant de la chambre où mon père, médecin du service, l’avait examiné, je me suis aventuré à dire, sur le ton de la plaisanterie : « Tu ne trouves pas qu’il en fait trop ? »

Mon père m’a fusillé du regard et, avec une colère que je ne l’avais jamais entendu exprimer à mon égard, m’a lancé : « Tu n’as pas le droit de dire ça ! La douleur a raison contre le médecin ! S’il dit qu’il a mal, il a mal. Si tu ne le crois pas, tu n’as pas le droit de faire ce métier !!! »

J’ai reçu ce reproche comme une gifle. Mais cette gifle n’était rien en comparaison de ce que j’ai ressenti le lendemain. J’ai voulu retourner voir le patient pour … pour quoi, au fait ? Pas pour le soigner, je n’en avais ni la capacité ni la mission ; pas pour lui faire des excuses : mon commentaire avait été prononcé loin de sa chambre. Probablement pour lui témoigner de la gentillesse et de l’attention et lui montrer que je n’étais pas un mauvais garçon, malgré mes préjugés.

Mais je n’ai pas eu le loisir, après l’avoir méprisé, d’aller le manipuler pour me redonner une bonne image de moi. Quand je suis entré dans sa chambre, le lit était vide.
La veille au soir, l’homme s’était mis à vomir du sang comme un geyser et  il était mort d’hémorragie digestive pendant la nuit. Son cancer du pancréas, responsable des douleurs dont il se plaignait « trop », avait perforé une artère. L’une de mes collègues aide-soignantes était en train de lessiver les murs.

De ce jour, je n’ai plus douté de la douleur de quiconque. Ne croyez pas pour autant que ça ait été facile. Car au fil des années je me suis mis à dépister toutes mes zones d’inconfort, de préjugés, de parti pris, de présupposés. Et je me suis détesté d’en avoir autant. Jusqu’à ce que je participe à des groupes Balint, et me rende compte que je n’étais pas seul à en avoir. Ça m’a fait sortir de la culpabilité – qui ne faisait que m’enraidir et m’effrayer encore plus – et passer à la réflexion.

Notre cerveau n’est pas réglé pour accepter tout le monde. Nous sommes des êtres vivants, et l’un des mécanismes qui nous permettent, comme aux autres espèces, de survivre, c’est la méfiance. Nous rejetons ce qui est trop différent de nous, parce que nous l’interprétons comme menaçant, ou parce que ça nous permet de renforcer notre bonne image de nous-mêmes. Car s’approcher de l’autre, c’est s’exposer à ressentir ce que l’autre ressent – et si ça n’est pas toujours dangereux, c’est souvent éprouvant.

Cette personne souffre. Si je m’approche d’elle, je vais prendre conscience de mon impuissance à l’empêcher de souffrir, et je vais souffrir aussi. Par empathie (mes neurones-miroirs sont là pour ça) et par ego. (« Quoi ? Je ne suis pas le soignant tout-puissant que j’ai juré d’être ? »)

Cette personne a une couleur de peau différente de la mienne. Son expérience m’est tellement étrangère que sur cette couleur de peau, je greffe l’ensemble des préjugés semés dans l’enfance par les paroles que j’ai entendues, les livres, les films, les reportages qui présentaient les Noirs comme des sauvages, les Indiens d’Amérique comme des violeurs, les Arabes comme des égorgeurs, les Roms comme des voleurs d’enfants. Tous ces préjugés s’interposent et je ne vois plus cette personne comme une personne, mais comme une caricature.
(« Il en fait vraiment trop. »)

Cette personne me paraît « grosse ». Si j’adhère aux « canons de la beauté » qui ont cours autour de moi, penser « Elle est grosse, c’est moche », c’est penser : « Je ne suis pas comme ça. » Et le dire, c’est lui signifier qu’on ne veut pas avoir affaire à lui/elle. Qu’on l’exclut du monde dont on se pose comme étant le représentant - ou le modèle.

« Cette personne est une femme. » (Soupir.) Je ne sais pas par où commencer dans la pile d’idées reçues qu’on m’a mises en tête. J’ai pris beaucoup de gifles dans les années 80, quand j’ai commencé à travailler au centre d’IVG du CH du Mans. Les mots « hystérique, folle, inconsciente, écervelée, perverse, manipulatrice » fleurissaient comme du pissenlit dans les livres de  médecine-mâtinée-de-psychanalyse-lacanienne des années 70. Et le sexisme n’a pas disparu des livres publiés aujourd’hui.

« Cette personne ne sait pas s’exprimer » (… Enfin, pas comme moi.)

« Cette personne ne dit rien. » (Comment veut-elle que la soigne ???) 

« Cette personne me semble singulièrement manquer d’intelligence » (Moi, j’en ai tellement plus ! C’est ça d’ailleurs qui me permet de dire qu’elle en manque !)

« Cette personne a un comportement qui me fait peur. » (Dès que je peux, je la refile à quelqu’un d’autre.)   

« Cette personne me répugne. » (Mais je ne le lui montrerai pas et elle ne s’en doutera jamais. Oui, oui, j’en suis sûr. Je me cache trop bien pour ça ! )

« Cette personne est pauvre. » (Bon, c’est pas sa faute. Enfin, peut-être que si, un peu, quand même).

« … »

Ai-je vraiment besoin de continuer la liste ?

Et ces préjugés négatifs ont leur équivalent exact en préjugés favorables, qui ne sont jamais examinés non plus avec sincérité et lucidité :

« Cette personne est belle. »
« Cette personne a du charme. »
« Cette personne s’exprime magnifiquement. »
« Cette personne est impressionnante. »
« Cette personne est désirable. »
« Cette personne… je voudrais lui ressembler. Je voudrais m’en rapprocher. Je voudrais la toucher. »
« Cette personne a de l’influence. Ce serait confortable, rassurant, de l’avoir de mon côté. »

Tous les êtres vivants ont des mécanismes de défense et des préférences. Un•e soignante est un être vivant. Donc, une soignante a des mécanismes de défense et des préférences.

Cette réalité toute simple – et incontournable – devrait infuser toute la réflexion sur le soin. Pour la simple raison qu’on ne peut pas prétendre soigner en se méfiant des autres. On ne peut pas prétendre faire du bien en ignorant ses propres dégoûts. On ne peut pas prétendre être juste quand on se croit supérieur.

Le problème de tou.te.s les soignantes, sans exception, n’est pas de souffrir de «  syndrome méditerranéen ». Leur problème, est d’être des êtres vivants qui ont peur d’être « contaminées » par l’aspect, le « mauvais genre », l’étrangeté, la pauvreté, la souffrance, la douleur de l’autre.

(Le sexisme, le racisme, la grossophobie  ne sont pas des "opinions politiques". Ils sont, tout simplement, de la peur et du dégoût, sentiments profondément ancrés dans nos mécanismes cognitifs. Certain.e.s d'entre nous construisent des idéologies dessus pour rationaliser ces peurs et ces dégoûts. Ca ne les justifie pas pour autant.) 

Toutes les soignantes ont un « syndrome de l’Autre ».

Le nier n’est pas seulement un déni ou une malhonnêteté.
Le nier, c’est laisser nos préjugés entraver le soin.
Le nier parce qu’on n’y a pas pensé, c’est juste de l’ignorance ; le nier parce qu’on ne veut pas l’entendre, c’est une ignominie.

Quand on prétend soigner, ce syndrome, on ne peut pas se passer de le reconnaître, d’en prendre la mesure, et d’y travailler en soi et ensemble. Tous les jours. Dans toutes les situations d’apprentissage, de pratique et d'enseignement.

Car ce syndrome est en nous, et il ne disparaît pas par magie quand on reçoit son diplôme, quand on prononce son serment, quand on se joint à une équipe, quand on visse sa plaque ou quand on devient professeur en chaire.

Il ne disparaît pas non plus quand on écrit des livres. Il est là. On ne peut pas le faire disparaître. Mais on peut le voir et le tenir en respect - le respect qu'on porte à autrui. 



Marc Zaffran/Martin Winckler








dimanche 22 avril 2018

Les dix attentes des patient.e.s

La différence entre Dieu et un médecin, c'est que Dieu ne se prend pas pour un médecin. 

Et si, pour indiquer que la relation de soin est incompatible avec la soumission au médecin, on se réappropriait un texte symbolique très ancien (les dix commandements) pour le métisser avec le (discutable) serment d'Hippocrate et en faire un manifeste de l'autonomie des patient.e.s et de leur liberté d'exercer des choix ? Un texte qui décline les attentes des patient.e.s et qui définit, par conséquent, les obligations des soignant.e.s. 



*****



Je suis patient.e et néanmoins ton égal.e, et je te choisis pour me soigner.  
En échange de ma confiance, tu assumeras la responsabilité de mes soins avec loyauté. Car je n’ai pas besoin d’une relation de pouvoir, mais de soutien, d’assistance et de partage.

2° Pour me soigner au mieux, physiquement et moralement, tu mettras en œuvre ton savoir, ton savoir-faire, ton intelligence et ton humanité ; tu prendras garde, en tout temps, à ne pas me nuire.

Tu respecteras ma personne dans toutes ses dimensions, quels que soient mon âge, mon genre, mes origines, ma situation sociale ou légale, ma culture, mes valeurs, mes croyances, mes pratiques, mes préférences. Si tes valeurs te semblent trop éloignées des miennes pour que tu sois prêt à me soigner, tu ne m'empêcheras pas, mais tu m’aideras par tous les moyens à trouver les soignant.e.s dont j’ai besoin.

Tu seras confident.e et témoin de mes plaintes, mes craintes et mes espoirs sans jamais les disqualifier, les minimiser, les travestir, les museler, les divulguer sans mon accord ou les utiliser contre moi. Tu seras mon interprète et porte-parole, tu parleras en mon nom et à ma demande, mais non à ma place. Tu ne me soumettras pas à des interrogatoires inquisiteurs et tu ne me bâillonneras pas.

Tu partageras avec moi, sans réserve et sans brutalité, toutes les informations qui me concernent et dont j’ai besoin pour comprendre et supporter ce qui m’arrive, pour faire face à ce qui pourrait m’arriver. Tu répondras patiemment, précisément, clairement, sincèrement et sans restriction à toutes mes questions ; tu ne me cantonneras pas au silence, tu ne me laisseras pas dans l’ignorance, tu ne me mentiras pas.

Tu m’aideras à prendre les décisions qui me concernent, en m’informant et en me guidant au mieux. Tu n’entraveras jamais ma liberté par la menace, le chantage, le mépris, la manipulation, le reproche, la culpabilisation, la honte, la séduction. Tu ne me tromperas ni sur tes compétences ni sur tes limites. Tu n’abuseras pas de moi.

Tu m’assisteras non seulement face à la maladie, mais aussi face à tous ceux qui pourraient profiter de mon état – tout particulièrement s’il s’agit d’autres professionnel.le.s de santé. Tu ne seras ni leur complice, ni leur obligé.e. Et tu refuseras que quiconque – même moi  t’achète ou t’utilise. 

Tu m’aideras à lutter contre les injustices qui m’empêchent de recevoir des soins, tu respecteras et feras respecter les lois qui me protègent. Tu te tiendras à jour des connaissances scientifiques et des savoir-faire libérateurs ; tu lutteras contre les obscurantismes.

Tu traiteras avec le même respect toutes les personnes qui me soignent, et tu travailleras de concert avec elles, quels que soient leur statut, leur formation, leur mode d’exercice. Car j’ai besoin de soignant.e.s qui travaillent ensemble, et non de volontaires ou de professionnel.le.s aliéné.e.s par la hiérarchie ou les luttes de pouvoir. 


10° Tu défendras cet idéal du soin et tes conditions de travail et celles de tou.te.s les autres soignant.e.s. Car j'ai besoin de soignant.e.s que la société respecte et gratifie pour leur engagement et leur compétence, et qui ne les exploite pas pour leur "rentabilité".  

dimanche 11 mars 2018

Autour de l'euthanasie, il y a du soin



Ces derniers jours, sur un blog médical on pouvait lire ce billet de F-M Michaud:

Tuer est-il soigner ?  
(…) Quelques professionnels des soins palliatifs se sont exprimés sans ambiguité : provoquer la mort n’est pas soigner un être vivant. 
L’euthanasie, aussi compationnelle puisse-t-elle sembler pour certaines sensibilités qui méritent d’être respectées, n’est pas, et ne peut pas être, un acte médical. 


Posée ainsi, la question n'appelle qu'une seule réponse.
Mais elle est formulée de manière un peu trop simple (voire simpliste), et sous-entend que l’euthanasie ou l’aide médicale assistée seraient, purement et simplement, un meurtre, et ne sont par conséquent ni des soins, ni des actes médicaux « dignes de ce nom ». Euthanasie et aide médicale à mourir ne seraient pas compatibles avec la définition (les valeurs ?) « essentielle » de ce qu’est un acte médical, de ce qu’est la médecine.

N'est-ce pas un peu court ? 

***

Qu’est-ce qu’un acte médical ?

 Un acte médical peut être beaucoup de choses différentes. Les examens comme l’échographie ou la radiographie, qui sont pratiquées et/ou interprétés par des médecins, sont des actes médicaux. Le fait de prendre un scalpel pour ouvrir un abdomen à la recherche d’une tumeur et celui de refermer l’incision sans retirer la tumeur parce qu’elle est trop volumineuse ou invasive sont également des actes médicaux : ils n’ont pas de valeur thérapeutique (ils ne soignent rien) mais ils sont pratiqués par des docteurs en médecine spécialisés en chirurgie, ce sont donc des actes médicaux.

La prescription d’une cure à La Bourboule, de séances de rééducation, d’un arrêt de travail ou d’un certificat de décès – ou de non-contagion – sont des actes médicaux. La prescription d’une contraception est un acte médical même quand ce n’est pas un médecin qui la donne, mais une sage-femme. L’examen au microscope d’un prélèvement biologique est un acte médical, même s’il se fait en l’absence de la personne à qui on a fait le prélèvement. Une consultation d’information sur les MST, même s’il n’y a aucun contact entre professionnelle de santé et patiente, est un acte médical. Et il est coté et rémunéré comme tel.

Autrement dit : les actes médicaux ne sont pas tous des actes de traitement ou de soin. Et les actes médicaux – c’est là que je veux en venir – ne sont pas définis par les médecins. En France et dans la plupart des pays industrialisés, ils sont définis comme tels par la loi et les règlements qui en découlent, pour répondre aux besoins de la collectivité. C’est d'ailleurs pour cela qu’un acte médical ne peut pas être fait par n’importe qui, mais par une professionnelle dûment agréée. La loi définit l'acte et qui est habilité à le faire. Dans l'intérêt de la population.  

Par conséquent, si l’euthanasie active et/ou l’aide médicale à mourir entrent dans la loi française, ce ne sera pas parce que les médecins l’auront décidé ou même accepté, mais parce que les législateurs l’auront voté. Dans l'intérêt de la population. Et en son nom. 

Est-ce que tous les actes médicaux effectués sur le corps d’une personne sont des soins ou des traitements ?

Comme indiqué dans le paragraphe précédent, la réponse est non. Mais on peut donner des exemples précis de gestes ou d’interventions qui ne sont ni exploratoires ni thérapeutiques mais font néanmoins partie des actes médicaux légalement pratiqués par des médecins dans de nombreux pays du monde à la demande des premier.e.s intéressé.e.s : l’insertion d’un implant contraceptif ou d’un DIU, les gestes de chirurgie esthétique (pose d’implants mammaires, par exemple), les interventions de réassignation (« changement de sexe »), la vasectomie, la ligature de trompes, l’IVG… 

Prenez l’IVG. 
Ce n’est pas un traitement : elle n’est pas destiné à « soigner » la femme qui la demande mais à lui permettre de ne pas poursuivre sa grossesse sans pour autant se mettre en danger. 

Comme l'aide médicale à mourir, c'est un acte "moralement" chargé, au sujet duquel les opinions s'affrontent au nom de valeurs éthiques, religieuses, sociales diverses.
Et certaines personnes considèrent l’interruption de grossesse comme un meurtre.

Est-ce que ça empêche les femmes d’y avoir recours et les médecins qui le désirent de la pratiquer ? Non. Parce que l’IVG est légale. Et c’est un acte médical. Quoi qu’en disent ses opposant
es, médecins ou non. 

Qui décide qu'un acte médical a lieu ?

La loi définit le caractère médical ou non d’un acte, mais ce n’est pas la loi qui décide si cet acte sera effectué. Quand l’acte est proposé ou suggéré par un médecin, son accomplissement nécessite le consentement de la personne.

D'après  la loi du 4 mars 2002 sur les droits des patientes, « Le médecin doit respecter la volonté de la personne après l'avoir informée des conséquences de ses choix » (Art. L. 1111-4.) et « Aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment. »

La loi est claire. Lorsque les patientes ne peuvent exercer ces droits, ce n’est pas faute d’un cadre juridique clair, c’est faute de la coopération des personnes qui les soignent ou faute de lieux ou de ressources disponibles.

La loi du 4 mars 2002 
protège les patientes : pratiquer des gestes médicaux contre la volonté des personnes est illégal. (Et les médecins qui font ces gestes - qu’il s’agisse d’un examen gynécologique imposé ou d’une intervention inutile -  devraient être poursuivis en justice. Ils ne le sont malheureusement pas tous, mais c’est un autre sujet.)

Autrement dit, sans cadre juridique et sans consentement, aucun acte médical n’est praticable. Il n’appartient jamais aux médecins de dire si un acte médical est praticable, mais à la loi et aux patientes. 

C’est ce qui s’est passé pour l’IVG. Ce qui en fait un acte médical, c’est la loi et la demande des femmes. Pas l’opinion que s’en font les médecins (qui, pour beaucoup, y étaient hostiles et le sont encore). 

La seule chose qu’un médecin a parfaitement le droit de décider, c’est s’il pratiquera l’acte ou non

Il peut accepter ou refuser (un geste chirurgical, une IVG, une prescription).

Il ne peut pas en revanche interdire à d’autres médecins de le pratiquer – et encore moins interdire à un
e patiente d’y recourir ou d'y avoir accès.

« Provoquer la mort n’est pas soigner un être vivant. »

Des milliers de personnes vivent avec des animaux, qu’ils nourrissent et soignent, et qu’ils font un jour euthanasier parce que ces animaux souffrent et que les traitements disponibles n’amélioreront pas leur qualité de vie.

(NB : Je ne vais pas entrer ici dans la réflexion plus générale sur la souffrance animale, auquel des philosophes comme Peter Singer ont réfléchi depuis longtemps, je m'en tiendrai aux animaux de compagnie ; je préciserai toutefois que dans mon esprit, le bien-être d’une vache laitière ou d’un poulet en batterie n’a pas moins d’importance que celui de Gilbert, le chat chez qui je vis.)

Pour la majorité des humains, il semble assez naturel quand leur chien ou leur chat souffre de manière continue - ou quand un cheval s'est cassé le paturon - de demander au vétérinaire de le délivrer de ses souffrances.
« C’est la chose humaine à faire. »

Est-ce qu’injecter à mon chien qui souffre d'une tumeur inopérable une drogue qui le fera mourir c’est le tuer ? Oui. 
Est-ce que c’est un soin ? Non. 
Si on l'euthanasie, c'est parce que tous les autres soins possibles ne l’empêcheront pas de souffrir. Et parce qu'on ne veut pas le laisser souffrir. 

L'euthanasie d'un animal est une décision arbitraire : le chat ou le chien qui la subit ne demandait rien. Mais l’humaine qui vivait avec lui le voyait souffrir, depuis longtemps. Il a décidé à sa place parce que l’animal ne peut pas exprimer un choix. S’il était possible de leur demander s’ils préfèrent continuer à souffrir plutôt que mettre fin à sa propre vie, il est probable que tous les animaux ne répondraient pas la même chose. Mais comme on ne peut pas leur poser la question, les humains n’ont qu’une alternative : les laisser souffrir jusqu’à ce qu’ils meurent, ou les soulager de leurs souffrances. C’est un dilemme, mais beaucoup n’ont aucune hésitation à choisir la solution qui produit le moins de souffrance.

Ce qui m'inspire deux questions :  

- Est-il moins légitime, moins digne et moins éthique d’aider un humain qui demande librement à mourir que de faire mourir - par « humanité » - un animal qui n’a rien demandé ?

- Est-il plus légitime (digne, éthique) de décider de mettre fin aux souffrances d'un animal que d'en décider pour soi

Question subsidiaire : Si vous aviez le choix entre
1° administrer à votre chien une drogue qui le fera mourir rapidement et sans souffrance
et
2° le mettre sous "sédation profonde" et attendre qu'il meure
Que choisiriez-vous ?
Pourquoi ?
 

Que demandent les personnes favorables à une légalisation de l’aide médicale à mourir ?

Quand la mort est provoquée par un tiers de manière unilatérale, il y a effectivement de quoi s'interroger. Mais c'est malheureusement ce que beaucoup de médecins ont fait et font encore trop souvent : ils décident seuls, ou presque, qui meurt et qui survit. Sans demander l'avis des premiers intéressés. 
Et ça, oui, c'est un meurtre. 


Mais les partisans de l'aide médicale à mourir ne demandent pas qu'on les tue - et encore moins que quelqu'un d'autre décide à leur place quand comment et où ils vont mourir. 

Sur le plan philosophique et moral, nombreuses sont les cultures, aussi bien en Occident qu’en Orient, qui voient le suicide comme une décision respectable. En France, en 2018, une tentative de suicide n'expose pas à des poursuites judiciaires. 

Les citoyennes (j’en fais partie) qui demandent qu’on légalise l’aide médicale à mourir souhaitent tout simplement qu'on respecte l'idée simple, et indiscutable, que si nous sommes aptes à voter, à payer des impôts, à avoir et élever des enfants ou à décider de ne pas en avoir, à garder ou interrompre une grossesse, a accepter ou refuser un traitement, nous sommes également aptes à choisir notre façon de mourir et à nous faire aider par un médecin sans que ce médecin soit poursuivi pour meurtre. 

Une dizaine d’états au monde ont  déjà légalisé l’aide médicale à mourir ; l’euthanasie active (au cours de laquelle le médecin administre les médicaments) est légale aux Pays-Bas, Luxembourg, Colombie, Canada, Belgique ; le suicide assisté (au cours duquel le patient les prend ou se les administre lui-même) est légal en Suisse et, aux Etats-Unis : en Oregon, Vermont, Californie, Montana et dans l’état de Washington. 
Dans tous les cas, la demande vient du patient. Elle ne vient ni des médecins, ni de la famille, ni de personne d’autre. Et les personnes qui ne peuvent pas décider pour elles-mêmes ne peuvent pas bénéficier de cette aide.  



Pourquoi demander aux médecins de nous aider à mourir ?  

Parce que la manière dont nous allons mourir a de l’importance.

Si la manière de mourir importait peu, nous ne serions pas horrifiés par la manière dont chaque jour des milliers de personnes meurent de faim ou de froid, en mer ou dans le désert, dans un lit d’hôpital ou sur le trottoir d’une métropole de pays riche, seules dans un EHPAD ou chez elles, entourées par leur famille.  

Si la manière de mourir ne comptait pas, nul ne verrait d’inconvénient à ce que les vétérinaires étranglent ou noient les chiens et les chats qui souffrent trop.

Si la manière de mourir ne comptait pas, nul ne verrait d’inconvénient à ce qu’un individu se fasse sauter la cervelle, se jette par une fenêtre ou se pende dans un coin sombre.

Mettre fin à ses jours est une liberté, mais le suicide est un acte d’une extrême violence, aussi bien pour soi que pour les personnes de l’entourage, par le moment de sa survenue et par les méthodes employées.

De plus, aujourd’hui, alors même que des dizaines de médecins pratiquent chaque jour des gestes d’euthanasie clandestins parce qu’illégaux, tout le monde n’est pas égal devant la mort. En France, en 2018, les riches meurent bien plus confortablement que les pauvres. Cette situation est la même que celle de l’interruption de grossesse avant 1976 : les femmes riches pouvaient avorter sans danger pour elles ou leur fertilité. Les femmes pauvres jouaient leur vie à la roulette.

Ne pas encadrer l’aide médicale à mourir, c’est pérenniser une inégalité contraire à la démocratie. 

Les pays qui ont légalisé l’aide médicale à mourir l’ont bien compris. Ainsi, au Canada, un article du code criminel interdisait à un médecin d’aider une patiente à mourir. En 2015, un arrêt de la Cour Suprême a invalidé cet article au motif  qu'il était (je cite Radio-Canada) : « contraire à la Charte canadienne des droits et libertés, et donc inconstitutionnel, d'avoir une prohibition totale de l'aide médicale à mourir. La Cour conclut que l'article actuel du Code criminel viole le droit à la vie, la liberté et la sécurité de certaines personnes par sa très large portée. Elle vise par son jugement les adultes considérés comme capables au sens de la loi, qui donnent clairement leur consentement et qui souffrent de manière persistante et intolérable à cause d'un problème de santé grave et irrémédiable. »

"Le droit à la vie, à la liberté et à la sécurité".
Eh oui, choisir de mourir est un acte posé par une personne vivante, un acte de liberté. Et il devrait pouvoir être fait en toute sécurité - pour elle, pour sa famille - avec l'aide d'un médecin. 


De quoi les médecins opposés à la légalisation de l’aide médical à mourir ont-ils peur ?

Ont-ils peur qu’on euthanasie les personnes dans le coma, infirmes ou démentes ?

Ce n’est pas ce que nous demandons. Nous ne demandons pas qu’on tue arbitrairement des personnes dans le coma ou les patientes atteintes d’Alzheimer à un stade avancé. Nous demandons simplement qu’on aille jusqu’au bout dans la logique de l’autonomie des patientes inscrite dans la Loi de 2002 : à savoir qu’on donne à chaque personne juridiquement capable la liberté de décider de sa fin. 

La loi Veil sur l'IVG et la loi de 2001 sur la stérilisation volontaire ne permettent pas de contraindre une femme à avorter ou une personne à se faire stériliser, elles n'autorisent pas à avorter ou stériliser de manière autoritaire les personnes handicapées. De fait, ces lois protègent les personnes vulnérables beaucoup mieux que lorsque ces deux gestes étaient clandestins et pouvaient être décidés arbitrairement par une famille avec la complicité d’un médecin.

Nous ne demandons pas autre chose : pouvoir choisir l'aide médicale à mourir légalement, en toute sécurité. 

La crainte la plus couramment exprimée est, par ailleurs : « Oui, mais comment éviter, par exemple, que la famille fasse pression sur un malade pour qu’il demande à mourir ? »

Cette objection ne tient pas et les pays où l’aide médicale à mourir est légale s'en sont assurés par de multiples précautions : les démarches sont longues et conduisent à des entretiens répétés. In fine, toutes les personnes dont la demande a été approuvée ne passent même pas à l’acte. 

Ont-ils peur qu’on contraigne tous les médecins à pratiquer des euthanasies 

Cette crainte-là serait drôle si elle n'était pas indécente, quand on connaît le nombre de médecins qui refusent, en toute impunité, de pratiquer des gestes bien moins compromettants que celui-là, comme poser un DIU à une nullipare. 

Dans l'idéal - je le décris dans mon roman En souvenir d'André - chacun.e de nous devrait pouvoir se procurer (sur prescription médicale, s'il le faut) de quoi mourir sans souffrance chez soi, entouré par les personnes de son choix. Sans qu'obligatoirement un médecin soit présent. 

Aucun médecin n’est obligé de pratiquer une IVG ou une ligature de trompes. 
Et il vaut mieux : ils risqueraient de le faire très mal ! 
De même, aucun partisan de l'euthanasie ne souhaite que des médecins soient obligés de la pratiquer. Nous voulons partir en paix, avec l'aide de quelqu'un qui nous respecte, pas sous les yeux de quelqu'un qui nous méprise ou est terrorisé par notre geste de liberté. 

Ont-ils peur  que la légalisation de l’aide médicale à mourir « dévalue » la profession médicale ? 

Tout dépend de la manière dont on voit son métier. 

Une "mission" ou un engagement ? 

Pour certains, être médecin est une « mission » parée de valeurs abstraites  (« la vie est sacrée », par exemple). 
Cette vision (assortie de la "fonction apostolique" dont parlait Michael Balint) était celle de la médecine d'avant 1945. Elle présumait que les médecins étaient des personnes exceptionnelles, douées d'un sens moral supérieur à ceux de la population générale. C'était une vision élitiste et paternaliste, en accord avec l'idéologie élitiste et colonialiste des pays occidentaux. 

Pour d'autres, être médecin n’est pas une « mission », c'est une profession soignante. Et soigner est un engagement qui consiste à mettre son savoir et son savoir-faire au service des autres ; à répondre du mieux qu’on peut aux besoins des personnes qui souffrent. Sans jugement, sans paternalisme, sans chercher à imposer ses propres valeurs aux personnes qui nous demandent de l’aide. Sans pression, sans culpabilisation, sans humiliation, sans brutalité d'aucune sorte. 

L'engagement soignant consiste à voir l’individu qui nous fait face comme une personne autonome, dont toutes les demandes sont respectables, et dont toutes les décisions, lorsqu'elles ont été loyalement informées, doivent être respectées.

L'engagement soignant consiste à aider l’autre à exercer au mieux sa liberté, en ayant l’humilité de penser que c’est à elle ou lui d'en définir le sens et d’en assumer les conséquences. Et cette liberté comprend de pouvoir mettre fin à ses jours. 

Alors certes, "tuer n'est pas soigner", mais comme le décrit très bien François Damas dans La Mort choisie, l'aide médicale à mourir n'équivaut pas à "tuer", pas du tout. 

Pas plus que pratiquer une IVG n'équivaut à "tuer", pas plus que pratiquer une ligature de trompes ou une vasectomie ou une chirurgie de réassignation n'équivalent à  "mutiler". 

En revanche, tout se qui se noue avant et après ces gestes, entre des soignants et un individu, un couple ou une famille, c'est du soin. Ce n'est que ça. Et c'est pleinement ça. 

Encore faut-il, pour le savoir, écouter ce que les personnes qui demandent à mourir,  à interrompre une grossesse, à être stérilisées, à changer de sexe, ont à dire. Et ne pas l'interpréter, le jauger, le juger à l'aune de valeurs qui ne sont pas les leurs.  
 
 
L'engagement soignant consiste à défendre une idée simple, mais profondément éthique : c’est aux personnes qui souffrent qu'il appartient de définir ce qui est "bon" pour elles. 

Ça n'appartient pas aux médecins. 
Ça ne leur a jamais appartenu. 

Marc Zaffran/Martin Winckler